Tous les conseils du Litier concernant la literie et le sommeil
page suivante
Couple adultère, Thérèse et Laurent sombrent progressivement dans la folie après l’assassinat de Camille, le mari de Thérèse, noyé dans la Seine. Laurent, décrit par Zola comme un tempérament de brute, se brise dans un cauchemar récurrent au terme duquel, croyant étreindre sa maîtresse, il se heurte sans cesse au cadavre de Camille.

Thérèse, de nature plus nerveuse, précipite sa névrose en étant, elle aussi, visitée par le spectre de son époux : « Elle finit par laisser sa bougie allumée, par ne plus vouloir dormir, afin de tenir toujours ses yeux grands ouverts. Et quand la fatigue baissait ses paupières, elle voyait Camille dans le noir, elle rouvrait les yeux en sursaut. »
Enfin mariés, les deux misérables sont de plus en plus hantés par le fantôme de Camille, apercevant le malheureux dans chaque recoin de la chambre conjugale. L’objet central du roman devient désormais leur lit : « Les premières nuits, ils ne purent se coucher. Ils attendirent le jour, assis devant le feu, se promenant de long en large, comme le jour des noces. La pensée de s’étendre côte à côte sur le lit leur causait une sorte de répugnance effrayée. D’un accord tacite, ils évitèrent de s’embrasser, ils ne regardèrent même pas la couche que Thérèse défaisait le matin. »
Un soir pourtant, écrasés de fatigue, Thérèse et Laurent décident de se jeter sur leur matelas pour trouver un peu de repos… Mais la vision de Camille les sépare indéfectiblement dans l’horreur de l’acte accompli : « Lorsque les deux meurtriers étaient allongés sous le même drap, et qu’ils fermaient les yeux, ils croyaient sentir le corps humide de leur victime, couché au milieu du lit, qui leur glaçait la chair. […] La présence de cet immonde compagnon de lit les tenait immobiles, silencieux, éperdus d’angoisse. »
Épouvantés par la seule idée de se retrouver en tête-à-tête dans leur chambre, dans ce lit qui les condamne définitivement à la haine et à la souffrance, que reste-t-il à faire aux amants maudits, sinon s’anéantir dans une « crise suprême » dénouant les souvenirs et accordant l’ultime rémission ?
Gervaise n’a finalement qu’un seul souhait, que Zola répète subtilement au fil de son magnifique roman : mourir dans son lit. Dès la première page, l’auteur esquisse le lit de Gervaise attendant toute la nuit son compagnon Lantier qui a découché, et se jetant au petit matin « en travers du lit, fiévreuse, les joues trempées de larmes. » Cette maigre couche, dans la chambre d’un médiocre hôtel de Paris, augure déjà de la fin…
En effet, après avoir retrouvé son ancien amant qui s’installe sans vergogne chez elle (et plus tard dans son lit), Gervaise, devenue patronne blanchisseuse, est réduite à « fourrer le linge sale un peu partout, dans les coins, principalement sous son lit, ce qui manquait d’agrément pendant les nuits d’été. » On la comprend !
Le pis reste à venir : peu à peu ruinée, la blanchisseuse perd ses « pratiques » comme l’on disait au XIXe siècle (ses clients), sa boutique, son appartement. Que lui reste-t-il ? Un logement misérable, ne comprenant qu’une chambre et un cabinet où est installé, se cognant à tous les angles, le petit lit de Nana qui ne va pas tarder à s’envoler. Le dernier objet qu’elle vend pour ne pas mourir de faim ? Son lit !
Après avoir vidé son matelas (dix sous la livre de laine qu’elle vend poignées après poignées), elle cède la toile pour trente sous, puis les oreillers, le traversin et enfin le bois du lit qu’elle déménage morceau par morceau, et dont elle cède les bateaux, les dossiers, le cadre, avant de dormir sur un poussier retourné d’un coup de balai en guise de ménage.
Non, Zola ne fera pas mourir son personnage dans son lit comme la pauvre Gervaise l’avait tant désiré ! Elle finira sur une vieille paillasse, nichée dans un trou sous l’escalier de l’immeuble que lui a laissé le propriétaire. Ses voisins ne la retrouveront que deux jours plus tard…
Les prodigieuses inventions de la Révolution industrielle, puis celles des années 1940, ont largement contribué à la démocratisation de ce bien-être.
Outre les traditionnels
matelas en laine, l’on fabrique désormais des
matelas en mousse de latex ou de polyuréthane, des matelas très haute résilience accueillant progressivement le corps, des
matelas à mémoire de forme (
nos matelas à mémoire) dont la mousse viscoélastique, conçue et développée en 1970 pour le programme spatial de la NASA, réagit « intelligemment » à la température et au poids, des matelas à ressorts ensachés (par exemple
le SANEX), des matelas à air, des matelas à eau… Souples, moelleux, fermes, très fermes, réversibles, traités contre les acariens, les bactéries, les moisissures, régulant la transpiration, il y en a pour tous les goûts et tous les besoins.
À la conception toujours plus technique des matelas s’ajoute une large gamme de dimensions : qu’il s’agisse de sommiers tapissiers ou de sommiers à lattes (auxquelles peuvent être adjoints des curseurs et des rotules pour améliorer encore la qualité du sommeil), les largeurs varient de 60 à 180 cm et les longueurs de 120 à 200 cm.
Alors, la literie idéale existe-t-elle ? Oui : elle est incontestablement celle qui permet une grande liberté de mouvement, elle est celle qui soutient la colonne vertébrale de façon naturelle, comme si nous étions en station debout, elle est celle qui s’adapte à la morphologie de chacun. Choisissez donc votre lit avec soin, il le mérite !
« Le lit, c’est le champ de l’esprit délivré de la pesanteur. Il faut être couché pour voir le ciel. » (Paul Morand)
Après la Révolution, le lit perd de sa superbe mais gagne en intimité et en fonctionnalité : l’on cherche avant tout à s’y reposer.
Des lits sains, pour dormir
Comme tout élément du mobilier, le style des lits suit les modes (Directoire, Empire, Louis-Philippe…), mais des matériaux plus modernes sont employés afin d’améliorer le confort du couchage. Les lits en fonte vont bientôt concurrencer les lits en bois et en cuivre et les matelas en coton apparaissent : plus sains, les lits attirent moins les insectes, notamment les punaises, couramment présentes dans les literies des siècles précédents…
La literie s'industrialise
La révolution industrielle s’annonce : les ateliers se multiplient et la « machine-outil » (la chaudière à vapeur) permet la fabrication en masse de nouvelles formes, adaptées au goût de chacun.
L’invention du ressort métallique, en 1857, va conduire l’Allemand Heinrich Westphal à imaginer le premier matelas à ressorts en 1871. Hélas, ce dernier ne profitera jamais de cette invention et décédera dans la misère. Les techniques de rembourrage des matelas sont également améliorées et les fibres synthétiques commencent à être largement utilisées au début du XIXe siècle.
Dès 1873, le lit à eau est conçu par un médecin écossais, Neil Arnott, afin de prévenir les escarres chez les invalides obligés de garder le lit. Fin du XIXe siècle, le sommier fait son apparition, rendant le matelas moins bossu.
Tout est désormais en place : bénéficiant de ces multiples techniques, le lit contemporain voit le jour…
Durant la Renaissance, le lit prend une grande valeur.
Les chevets de lit se parent de motifs sculptés et ce mobilier familial est souvent mentionné dans les testaments pour être légué comme un objet particulièrement prisé.
D’autre part, le lit revêt une double fonction : si, dans l’aristocratie, l’on dort dans un lit assez simple, l’on reçoit des visites dans un autre lit, le lit d’apparat.
Richement brodées, les étoffes des dais et des baldaquins sont tendues au plafond : elles permettent d’assurer à la fois chaleur et intimité, mais constituent également un témoignage de faste.
Par contre, à la même époque, les lits des plus pauvres sont totalement différents : ils accueillaient plusieurs personnes, ce qui explique pourquoi les matelas étaient souvent très larges.
Literie comme symbole de pouvoir
Jusqu’à la Révolution, le lit devient ainsi un symbole de pouvoir. La France, réputée pour sa culture raffinée, comptait de nombreux lits de parade, aussi somptueux qu’extravagants. Louis XIV, qui aimait rester au lit pour tenir audience et délivrer ses ordonnances, n’en possédait pas moins de quatre cents, pour la plupart enjolivés de chevets et d’ornements très recherchés…
Or, après la Révolution, le règne du lit luxueux décline…
Au Moyen Âge, la distinction sociale perdure évidemment à travers le lit. Plusieurs types de lit existent :
-
ceux des pauvres,
-
ceux des classes moyennes
-
et ceux des riches.
Le lit des premiers (qui dormaient tout habillés afin de conserver quelque chaleur pour passer la nuit !) consistait le plus souvent en une simple litière faite d’un sac de bure rempli de paille de blé ou de son (d’où la « paillasse » qui a subsisté jusqu’au XIXe siècle et dont nous vous reparlerons), de copeaux de bois ou de feuilles de fougère : ces matériaux, certes rustiques, présentaient néanmoins l’avantage d’être sains, d’absorber l’humidité et d’isoler du froid.
Les gens plus aisés disposaient d’un matelas bourré soit de laine de mouton, soit de crin, soit de plumes d’oie ou de canard.
Quant au lit des plus fortunés, il continuait à se caractériser par son raffinement : les enluminures médiévales attestent que les lits des rois et des seigneurs étaient à baldaquin, et les tentures en velours brodé ou en tissus précieux qui les entouraient ont pris de plus en plus d’importance ; permettant davantage d’intimité, mais aussi symboles d’opulence et de pouvoir, elles déployaient une magnificence recherchée, qui n’avait d’égale que les fastueux coussins accumulés sous la tête afin que l’on puisse dormir en position assise… probablement parce qu’à l’époque, le lit était conçu à grandeur des personnes qui y couchaient !
Et les lits de la Renaissance ? Et ceux des rois de France ? Nous vous le dirons bientôt…
page suivante