Tous les conseils du Litier concernant la literie et le sommeil
« Et même quand tu dirais vrai, quand tu aurais les mains pleines de jouissances, quand tu m’emporterais sur un lit de roses pour m’y donner le rêve du paradis, je me défendrais plus désespérément encore contre ton étreinte. », répond Serge à Albine désespérée.
Albine traîne sa souffrance de bête blessée dans le jardin du Paradou, berceau de ses noces païennes, cueillant par brassées toutes les fleurs et les plantes odorantes du parc. Amassant roses, violettes, œillets, quarantaines, belles-de-nuit, héliotropes, lis, tubéreuses, jacinthes, soucis, pavots, citronnelles, menthes, verveines, baumes et fenouils, elle pare sa chambre de son agonie amoureuse.
Elle connaît alors une suprême volupté : s’étendre pour un dernier sommeil, asphyxiée par l’odeur délétère des fleurs, sur une literie noyée de senteurs qui lui rappellent les musiques de l’alcôve où elle a tant aimé Serge.
Sur son lit de mort, Albine sourit enfin : s’endormant peu à peu, entendant les symphonies étranges des parfums qui se déchaînent autour d’elle, elle glisse doucement dans ce souffle embaumé qui va l’étouffer sur sa couche de jacinthes et de tubéreuses…
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Inspiré par la chambre de la demi-mondaine parisienne Valtesse de la Bigne (née Lucie Émilie Delabigne, fille d’une lingère normande), Zola accorde
au lit une place centrale dans
Nana. Lieu stratégique de la vie galante, le spectaculaire lit de Valtesse de la Bigne,
réalisé par Édouard Lièvre en 1877, est toujours exposé au musée des Arts décoratifs à Paris (voir photo). Ce lit aux dimensions gigantesques, exécuté en bronze patiné et garni de velours de soie, appartient à la catégorie des lits de parade qui permettait de recevoir ses « hôtes » dans sa chambre.
Héroïne d’un roman très scandaleux à l’époque, la capricieuse courtisane Nana obtient du comte Muffat une dernière faveur qui le ruinera définitivement : « Nana rêvait un lit comme il n’en existait pas, un trône, un autel, où Paris viendrait adorer sa nudité souveraine. Il serait tout en or et en argent repoussés, pareil à un grand bijou, des roses d’or jetées sur un treillis d’argent ; au chevet, une bande d’Amours, parmi les fleurs, se pencherait avec des

rires, guettant les voluptés dans l’ombre des rideaux. »
Si Nana a mené une vie luxueuse et excessive dans un lit, il est bien logique que les dernières lignes du roman soient étroitement associées à cet élément de mobilier : symbole de la décadence du Second Empire, cet « autel d’une richesse byzantine, digne de la toute-puissance de son sexe » où elle étalait son corps « dans une religieuse impudeur d’idole redoutée » (admirez l’oxymore !) se transmue en vulgaire lit d’hôtel où la chair triomphante de la déesse, désirée du Tout-Paris, se putréfie sur une couche anonyme, préfigurant les massacres de la guerre de 1870.