« Et même quand tu dirais vrai, quand tu aurais les mains pleines de jouissances, quand tu m’emporterais sur un lit de roses pour m’y donner le rêve du paradis, je me défendrais plus désespérément encore contre ton étreinte. », répond Serge à Albine désespérée.
Albine traîne sa souffrance de bête blessée dans le jardin du Paradou, berceau de ses noces païennes, cueillant par brassées toutes les fleurs et les plantes odorantes du parc. Amassant roses, violettes, œillets, quarantaines, belles-de-nuit, héliotropes, lis, tubéreuses, jacinthes, soucis, pavots, citronnelles, menthes, verveines, baumes et fenouils, elle pare sa chambre de son agonie amoureuse.
Elle connaît alors une suprême volupté : s’étendre pour un dernier sommeil, asphyxiée par l’odeur délétère des fleurs, sur une literie noyée de senteurs qui lui rappellent les musiques de l’alcôve où elle a tant aimé Serge.
Sur son lit de mort, Albine sourit enfin : s’endormant peu à peu, entendant les symphonies étranges des parfums qui se déchaînent autour d’elle, elle glisse doucement dans ce souffle embaumé qui va l’étouffer sur sa couche de jacinthes et de tubéreuses…