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De Nana à Thérèse, le lit dans les romans de Zola - Le lit de Nana

Qu’il figure la toute-puissance féminine, la misère, la passion mortifère ou la folie, le lit est un microcosme particulièrement présent dans l’œuvre de Zola. L’un des lits les plus célèbres de la littérature française du XIXe siècle est incontestablement celui de Nana, personnage éponyme de l’un de ses romans.
lit de la valtesseInspiré par la chambre de la demi-mondaine parisienne Valtesse de la Bigne (née Lucie Émilie Delabigne, fille d’une lingère normande), Zola accorde au lit une place centrale dans Nana. Lieu stratégique de la vie galante, le spectaculaire lit de Valtesse de la Bigne, réalisé par Édouard Lièvre en 1877, est toujours exposé au musée des Arts décoratifs à Paris (voir photo). Ce lit aux dimensions gigantesques, exécuté en bronze patiné et garni de velours de soie, appartient à la catégorie des lits de parade qui permettait de recevoir ses « hôtes » dans sa chambre.
 
Héroïne d’un roman très scandaleux à l’époque, la capricieuse courtisane Nana obtient du comte Muffat une dernière faveur qui le ruinera définitivement : « Nana rêvait un lit comme il n’en existait pas, un trône, un autel, où Paris viendrait adorer sa nudité souveraine. Il serait tout en or et en argent repoussés, pareil à un grand bijou, des roses d’or jetées sur un treillis d’argent ; au chevet, une bande d’Amours, parmi les fleurs, se pencherait avec des rires, guettant les voluptés dans l’ombre des rideaux. »
 
Si Nana a mené une vie luxueuse et excessive dans un lit, il est bien logique que les dernières lignes du roman soient étroitement associées à cet élément de mobilier : symbole de la décadence du Second Empire, cet « autel d’une richesse byzantine, digne de la toute-puissance de son sexe » où elle étalait son corps « dans une religieuse impudeur d’idole redoutée » (admirez l’oxymore !) se transmue en vulgaire lit d’hôtel où la chair triomphante de la déesse, désirée du Tout-Paris, se putréfie sur une couche anonyme, préfigurant les massacres de la guerre de 1870.

 


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